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Le burn-out (partie 3)

Quand le bonheur s’invite dans l’équation 

William PITCHOT 

Le paradoxe du bonheur et du burn-out 

Le burn-out n’est plus un phénomène isolé. Il s’est infiltré partout : dans les entreprises, les écoles, les hôpitaux, les foyers. Hier réservé aux cadres surmenés, il touche aujourd’hui les entrepreneurs, les influenceurs, les enseignants, les soignants, les parents et même les adolescents. Ce mal moderne ne connaît pas de frontière, il traverse les âges, les classes sociales et les professions. 

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment expliquer qu’à une époque où la science du bonheur n’a jamais été aussi accessible, où les conseils sur le bien-être saturent les réseaux sociaux, où les entreprises affichent leur engagement en faveur du « bien-être au travail », nous soyons plus nombreux que jamais à nous effondrer sous le poids de l’épuisement ? 

Et si le problème ne venait pas du stress en lui-même, mais d’une illusion collective ? 

Et si aujourd’hui, c’était justement parce que nous voulons être heureux à tout prix que nous finissons en burn-out ? 

Cette question peut sembler provocante. Après tout, chercher le bonheur semble être une aspiration légitime et universelle. Pourtant, à y regarder de plus près, la façon dont nous avons défini et poursuivi ce bonheur au XXIᵉ siècle s’est transformée en une injonction, une norme à atteindre, un standard de performance. 

Autrefois, le bonheur était un état subjectif, un sentiment qui venait et repartait au gré des expériences de vie. Aujourd’hui, il est devenu un produit de consommation, un idéal façonné par la culture du développement personnel et des réseaux sociaux. On nous vend des routines matinales parfaites, des techniques de pensée positive infaillibles, des applications pour mieux respirer, méditer, optimiser chaque instant de notre existence. 

Le message est clair : si vous n’êtes pas heureux, c’est que vous ne faites pas assez d’efforts. 

C’est ici que réside le paradoxe : en transformant le bonheur en un objectif à atteindre, nous avons fait de lui une source de pression et d’épuisement. Nous courons après une image idéalisée de la vie, en oubliant que l’effort permanent pour être heureux nous rend fatigués, anxieux, et finalement… malheureux. 

Le désir de bonheur dans l’équation du travail 

Le désir de bonheur s’est invité dans l’équation du travail et de la vie. De plus en plus de personnes ne veulent plus simplement « récupérer pour recommencer ». Elles veulent comprendre pourquoi elles en sont arrivées là et comment elles peuvent transformer leur rapport au travail et à la vie. Cette aspiration est légitime, mais elle devient problématique lorsqu’elle se transforme en une exigence permanente de satisfaction et d’épanouissement. 

Nous ne cherchons plus seulement à survivre au travail, nous voulons y être épanouis, passionnés, alignés avec nos valeurs, en quête de sens. Nous ne voulons plus seulement un salaire, mais une mission. Nous ne voulons plus seulement réussir, mais être heureux en réussissant. Cette élévation des attentes, bien que compréhensible, crée un terrain fertile pour la déception et l’épuisement lorsque la réalité ne correspond pas à l’idéal. 

Et si, pour éviter le burn-out, il était temps d’apprendre à ne pas vouloir être heureux tout le temps ? 

Cette question n’est pas un renoncement. C’est une libération. C’est accepter que la vie comporte naturellement des hauts et des bas, que l’insatisfaction fait partie de l’expérience humaine, que la fatigue n’est pas un échec, que l’ennui n’est pas une pathologie, que la tristesse n’est pas un problème à résoudre immédiatement. 

C’est reconnaître que chercher à éliminer toute forme de négativité de notre existence est non seulement impossible, mais aussi appauvrissant. Car c’est dans le contraste, dans l’alternance, dans l’acceptation de notre humanité imparfaite que réside une forme de paix plus durable que la poursuite effrénée d’un bonheur permanent. 

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