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Le burn-out (partie 1)

Une révolution silencieuse

William PITCHOT

Autrefois, le burn-out était perçu comme un épuisement total, un point de rupture où le corps et l’esprit lâchaient après une longue période de surmenage. On tombait, on se reposait, puis on retournait travailler. L’objectif était simple : récupérer juste assez pour reprendre le même rythme.

Mais aujourd’hui, quelque chose a fondamentalement changé. Le burn-out n’est plus seulement un effondrement individuel : c’est devenu une forme de rébellion collective et inconsciente. Chaque travailleur qui craque envoie un signal d’alarme, un refus clair face à une organisation du travail vécue comme insoutenable.

Cette révolution est silencieuse car elle ne se fait pas dans la rue, mais dans les cabinets médicaux, les consultations des psychologues, dans les arrêts maladie prolongés, ou les démissions soudaines, sans bruit et sans explication. Le corps dit « non » quand la tête n’ose pas encore le faire. Le cerveau décroche quand les conditions deviennent intenables. Ce n’est plus une simple pathologie à soigner : c’est un message adressé aux gouvernements et aux entreprises, un espèce d’ultimatum biologique qui exige un changement profond dans notre rapport au travail.

Le phénomène de burn-out est devenu différent dans sa nature et sa complexité. Il ne doit plus être compris comme une simple rupture à réparer, mais comme un signal d’alerte collectif. Il nous oblige à repenser notre rapport au travail, à la reconnaissance et à la limite. Il ne s’agit plus seulement de soigner les individus, mais de questionner les structures qui les épuisent.

Au commencement était le stress

Quand le stress envahit notre quotidien

Aujourd’hui, de nombreuses études mettent en évidence la réalité inquiétante du stress au travail. Ce stress peut avoir des conséquences importantes sur la santé psychologique et physique de l’individu, mais aussi un impact majeur sur la performance du travailleur et la productivité de l’entreprise qui l’emploie. Ce phénomène représente une vraie menace pour l’avenir de notre société et plus spécifiquement de notre économie.

L’évolution vers des modèles de gestion moins humanisés, mettant le financier au centre des préoccupations, explique une augmentation de l’intensité du stress vécu au sein de l’entreprise. Des causes multiples et bien connues comme un accroissement du niveau d’exigence, une diminution des moyens, le strict respect des délais impartis, la déliquescence des liens sociaux au sein de l’entreprise, le sentiment d’être de moins en moins respecté, ou l’insécurité par rapport à l’avenir professionnel contribuent également à expliquer cette évolution défavorable. Le travail apparaît de plus en plus lourd sur le plan psychologique.

Définition scientifique du stress

Le mot stress fait aujourd’hui partie du langage courant. À l’origine, le stress est un terme scientifique qui a reçu différentes définitions en fonction de la discipline concernée. Il est utilisé dans les domaines de la psychologie, de la psychiatrie, de l’immunologie, de la physique, de la sociologie ou des sciences de l’ingénieur.

D’après l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au travail, le stress « survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité. »

En médecine, le terme de stress a été introduit pour la première fois par Hans Selye, endocrinologue. Pour lui, le stress est « une réponse non spécifique de l’organisme face à une demande ». Il a décrit le concept de « syndrome général d’adaptation » au stress biologique qui représente une réponse complexe d’alarme et d’activation en réponse à un stress.

Les trois phases du stress : du normal au pathologique

D’une manière générale, face à un stress, l’organisme va réagir en 3 phases :

  1. La réaction d’alarme : réponse initiale immédiate
  2. Le stade d’adaptation ou de résistance : visant le rétablissement de l’équilibre (homéostasie)
  3. La phase d’épuisement : quand le stress se prolonge ou se répète trop fréquemment, conséquence d’un débordement des capacités d’adaptation de l’organisme

Si la réaction initiale est bonne pour la survie de l’individu, le caractère chronique de la réaction au stress a un effet négatif sur la santé entraînant des symptômes classiques comme de l’insomnie, de l’irritabilité, une humeur triste, une chute de libido, des troubles de l’attention et de la mémoire, des difficultés respiratoires, des modifications de la tension artérielle, des perturbations métaboliques, une tendance à l’auto-traitement avec la prise de substances addictogènes (alcool, cannabis, calmants, somnifères).

La toxicité biologique du stress chronique

Les éléments physiologiques de la réponse au stress induisent une activation des fonctions nécessaires à la survie de l’individu. La disponibilité en oxygène est accrue par une accélération du rythme de la respiration et du cœur, et une augmentation de la pression artérielle. Les différentes fonctions peu utiles dans le cadre de la réaction au stress comme la digestion, l’appétit, la reproduction ou l’immunité sont mises au repos.

Sur le plan biologique, la réaction de stress est associée à l’activation d’une part du système sympathique conduisant à la libération d’adrénaline et d’autre part de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien avec la libération de cortisol. Cette hormone produite par les glandes surrénales situées au-dessus des reins joue un rôle essentiel dans la réaction d’adaptation, mais aussi dans l’apparition de complications psychologiques et/ou physiques.

Quand le stress devient toxique pour le cerveau

Lorsque le stress est trop important ou chronique, on assiste à une hyperactivité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et donc à une libération excessive de cortisol. Cette production excessive va exercer un effet véritablement toxique sur notre cerveau et en particulier sur une zone appelée l’hippocampe.

Les cellules nerveuses (neurones) situées dans l’hippocampe peuvent subir un véritable processus dégénératif sous l’effet d’une concentration excessive de cortisol. Or, cette structure cérébrale joue un rôle essentiel dans l’apprentissage et la mémoire, en particulier dans la consolidation de la mémoire à court terme en mémoire explicite à long terme. L’hippocampe est également impliqué dans la modulation des réponses émotionnelles. Une atteinte toxique de cette structure cérébrale peut être à l’origine d’une véritable dépression.

Impact sur la santé physique

Des études majeures ont démontré l’impact du stress sur la santé cardiovasculaire. Plusieurs études ont particulièrement bien analysé l’influence des facteurs de stress psychosociaux sur le risque d’infarctus aigu du myocarde. La prévalence des 4 indices de stress (stress professionnel, domestique et financier, événements pénibles récents) est très significativement accrue parmi les cas d’infarctus en comparaison avec celle observée parmi les sujets témoins.

L’influence de facteurs psychosociaux sur le développement et la progression des cancers est également suspectée. Cependant, le lien est plutôt indirect car le stress favorise le tabagisme, la consommation abusive d’alcool, une mauvaise alimentation et la sédentarité.

En résumé : le stress n’est ni bon ni mauvais

En fait, le stress n’est ni bon, ni mauvais. Il s’agit d’un processus d’adaptation aux changements de l’environnement. C’est son caractère chronique et excessif qui devient pathologique et ouvre la voie au burn-out.

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