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Rencontre avec Suzanne Aubinet : quand la psychologie rencontre la littérature

Psychologue clinicienne liégeoise, Suzanne Aubinet partage son activité entre l’accompagnement thérapeutique, la supervision et le travail en collectif, notamment autour des violences sexuelles entre enfants. À 40 ans, cette maman d’un petit garçon de sept ans et demi est également devenue romancière.

Son premier roman, Entre deux rives, puise librement dans ses années d’expérience professionnelle. Les personnages sont fictifs, les histoires aussi, mais derrière eux affleurent des réalités, des émotions et des questionnements rencontrés au fil de sa pratique.

Le roman nous emmène à Liège et fait se croiser deux trajectoires : celle d’Aldo, neuf ans, un enfant placé dont la mère est aux prises avec une addiction, et celle de Jeanne, jeune intervenante sociale elle-même traversée par ses fragilités. Deux univers qui se rencontrent et qui permettent à Suzanne Aubinet de poser un regard profondément humain sur l’enfance, l’accompagnement et ceux qui en font leur métier.

Suzanne, comment l’idée d’Entre deux rives est-elle née ?

Suzanne Aubinet :
L’envie d’écrire a véritablement émergé au moment de ma grossesse. Au départ, il n’y avait pas forcément l’ambition d’être publiée. Il y avait surtout une envie d’écrire, de donner une forme à quelque chose qui s’était construit au fil de mes expériences professionnelles.

Entre deux rives n’est pas un récit autobiographique. Les personnages sont fictifs, tout comme les situations, même s’ils sont forcément nourris de rencontres, d’expériences et de réalités auxquelles j’ai été confrontée dans mon travail.

Ton travail porte notamment sur des réalités parfois très difficiles. Pourtant, tu ne voulais pas écrire un livre sur la violence sexuelle…

S.A. :
Non. Ce n’était vraiment pas le propos du livre. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était l’humanité.

J’avais envie de rendre hommage, d’une certaine manière, aux personnes que nous rencontrons et accompagnons dans nos métiers. De tenter aussi de rendre perceptible ce qui se passe à l’intérieur d’un enfant : sa pensée, sa vie intérieure, la manière dont il comprend ce qui lui arrive et la place qu’il essaie de trouver dans le monde des adultes.

Aldo est d’ailleurs au cœur du roman. Pourquoi était-il important pour toi de donner autant de place au regard de l’enfant ?

S.A. :
Parce qu’on parle beaucoup des enfants, mais qu’il est parfois plus difficile de se placer véritablement de leur point de vue.

À travers la fiction, je pouvais essayer de m’approcher de cette vie intérieure : ce qu’un enfant imagine, ressent, comprend ou ne comprend pas, les liens auxquels il s’accroche, les adultes qu’il investit…

La littérature permet d’entrer dans cet espace-là d’une autre manière que ne le permet notre travail clinique.

Et il y a, en miroir, Jeanne, l’intervenante sociale…

S.A. :
Oui, parce que je voulais également mettre au centre ceux qui accompagnent.

Les travailleurs sociaux et les professionnels de l’aide sont au contact d’histoires humaines parfois extrêmement lourdes. Ils accompagnent, soutiennent, réfléchissent, prennent des décisions… mais ils restent eux-mêmes des êtres humains, avec leurs émotions, leurs fragilités et leur propre histoire.

Jeanne permet aussi d’interroger cette place particulière : celle de la personne qui aide et qui, en même temps, est nécessairement touchée par ce qu’elle rencontre.

Liège occupe également une vraie place dans Entre deux rives.

S.A. :
Oui, Liège est véritablement le décor du roman. C’est ma ville et j’avais envie qu’elle soit présente, presque comme un personnage : ses quais, ses rues, ses cafés, ses ambiances…

C’était aussi assez naturel que ce premier roman trouve sa place auprès d’une maison d’édition liégeoise.

Et puis, il y a eu une belle reconnaissance : le Prix Saga…

S.A. :
Oui ! Entre deux rives a reçu le Prix littéraire Saga 2025. C’est évidemment une très belle reconnaissance pour un premier roman, d’autant plus que, lorsque j’ai commencé à écrire, je n’étais absolument pas partie avec l’idée d’être publiée.

Le chemin parcouru entre cette envie d’écrire apparue pendant ma grossesse et la publication du livre a donc été assez inattendu.

Psychologue et romancière : est-ce finalement deux manières différentes de raconter l’humain ?

S.A. :
Il y a certainement quelque chose de cela.

Dans mon métier de psychologue, j’écoute des histoires, des vécus, des manières singulières d’habiter le monde. Dans l’écriture, je peux partir de cette connaissance de l’humain pour créer autre chose, avec toute la liberté qu’offre la fiction.

Il ne s’agit pas de raconter les histoires des personnes rencontrées professionnellement, mais plutôt de laisser ce qu’elles nous apprennent de l’humain nourrir une réflexion et un imaginaire.

Alors… un prochain livre ?

S.A. :
Oui ! Et même très bientôt. Un deuxième roman, Dans la Vallée, va paraître chez Parlà Éditions.

Il constituera la suite d’Entre deux rives. L’aventure d’Aldo, de Jeanne et de cet univers ne s’arrête donc pas tout à fait entre les deux rives…

Entre deux rives – Suzanne Aubinet
Parlà Éditions, 2024
Prix littéraire Saga 2025

Dans la Vallée, deuxième roman de Suzanne Aubinet et suite d’Entre deux rives, est annoncé pour l’automne 2026.

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