Le terme de traumatisme psychologique s’est, et à raison, largement répandu dans le langage courant. Autrefois réservée aux vétérans de guerre ou victimes de catastrophes, la notion s’est étendue aux personnes ayant vécu des événements aux conséquences en apparence plus discrètes, tues par la honte, le tabou et le secret. Au-delà de la recommandation, parfoisinjonction, qu’est de « traiter ses traumas », que signifie réellement ce chemin thérapeutique pour la personne qui le traverse ?
Définir le trauma – pourquoi mon passé m’impacte comme ça ?
Le traumatisme est caractérisé différemment selon les théories utilisées. On pourrait, en général, le considérer comme tout événement vécu ou observé qui a constitué une menace sévère, perçue ou réelle, à la vie, à la sécurité, à l’attachement. Un événement qui se dit « traumatogène » ne mènera pas forcément la personne qui l’a vécu à souffrir d’un traumatisme ou d’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT ou PTSD) ; cela dépendra d’une série de facteurs, personnels, génétiques, environnementaux.
Le SSPT ou PTSD se définit également par la présence de manifestations et de répercussions spécifiques, tels que des flashbacks, de l’évitement, des changements dans la perception de soi et du monde, de l’hypervigilance, pour n’en citer que quelques uns. Nous trouvons aussi les traumatisations complexes, non pas issues d’un événement précis, mais conséquentes à de nombreux traumatismes répétés et durables. Dans ce cas, on retrouvera des difficultés présistantes à entretenir des relations sécurisantes, à prendre soin de soi, à organiser une vie satisfaisante.
La compréhension des conséquences entre son passé et son présent est importante et constitue un point de départ. L’observation et la compréhension des symptômes dans le présent fait partie de toutes les thérapies du psychotraumatisme, car cette étape permet de mettre des mots sur des vécus qui n’en ont peut-être jamais reçus.

Traiter le trauma – dois-je vraiment tout traiter ?
Traiter le trauma ne signifie pas de faire l’inventaire de tous les événements traumatogènes du passé et de les travailler successivement. C’est plutôt observer la façon avec laquelle le passé influence des symptômes dans le présent et impacte les perspectives futures et sélectionner les événements à travailler en fonction de cela. En psychotraumatologie, plus que traiter les faits vécus, on traite les conséquences et la souffrance actuelle qui en découle, en vue d’atteindre des objectifs préétablis de mieux-être.
Le traumatisme se travaille selon un rythme adapté, respectueux des besoins et difficultés. On ne travaille pas tout, pas d’un coup, pas sans but, et de la façon la plus paisible possible.
Traiter le trauma – ça veut dire quoi, traiter ?
Traiter le trauma signifie déployer des outils pour soutenir les processus psychologiques naturels d’intégration du souvenir dans des systèmes de mémoire adaptés. Souvent, le trauma est encodé comme un souvenir à part entière, distinct des autres, qui s’active d’une manière différente. Le but d’une thérapie du trauma est de permettre à la mémoire de retraiter adéquatement ce souvenir, et à l’individu qui le porte de l’intégrer à son histoire de vie. Cela implique de refaire des liens entre les émotions, sensations, pensées, perceptions qui se sont activées quand le moment a été vécu.
L’objectif est de permettre de mener une vie présente et future la moins influencée possible par des réactivations spontanées des souvenirs traumatiques, sans pour autant oublier. Cela suggère un processus actif et de réappropriation de son histoire.
Il existe de nombreuses méthodes pour traiter les traumatismes, dont l’EMDR, la PTR, l’hypnose, l’exposition. Ces méthodes reposent toutes sur cette base mais utilisent des théories et des méthodologies différentes. Elles impliquent également d’outiller la personne à sa propre régulation/stabilisation avant de traiter le souvenir, mais aussi de s’y confronter au moment adéquat.