Par Nora Marino
Depuis plus de 25 ans, j’accompagne des personnes endeuillées. Et parmi les manifestations que je rencontre très fréquemment, il y a la fatigue.
Une fatigue parfois immense, difficile à comprendre :
« Je ne fais pourtant rien… Pourquoi suis-je aussi épuisé(e) ? »
Le deuil est pourtant un processus qui mobilise énormément d’énergie psychique.
On parle souvent de « travail de deuil ». Et ce mot travail n’est pas anodin : tout travail demande de l’énergie. Le deuil aussi, même lorsque nous n’avons pas conscience de « travailler » à notre deuil.
Notre psychisme doit progressivement intégrer une réalité nouvelle, composer avec l’absence, les souvenirs, le manque, les émotions qui se succèdent, mais aussi continuer à fonctionner dans la vie quotidienne alors qu’une partie de nous est profondément bouleversée. Et cela prend du temps ….beaucoup de temps
Tout cela consomme des ressources psychiques, personnelles considérables.
C’est d’ailleurs intéressant de voir et comprendre le modèle du processus dual de Stroebe et schut qui propose de penser le deuil comme une oscillation entre deux orientations : d’une part la confrontation à la perte, d’autre part la restauration et la reprise de la vie quotidienne. C’est donc tout à fait normal et adaptatif de se confronter à la perte mais aussi de s’en détourner momentanément. Ces allers retours sont énergivores.

La fatigue qui accompagne le deuil n’est donc pas nécessairement un signe de faiblesse, de paresse ou d’incapacité à « tourner la page ». Elle peut être l’expression très concrète de l’énergie que nous mobilisons pour traverser cette expérience.
Le deuil peut comporter une forme de travail psychique sans que ce travail soit continu, obligatoire, linéaire (deux pas en avant, trois pas en arrière) ou identique pour tout le monde.
Être en deuil, c’est aussi dépenser de l’énergie pour apprendre, peu à peu, à vivre dans un monde qui a changé.
Alors parfois, il est important de ne pas lutter contre cette fatigue, mais de l’écouter et de lui faire une place.